LES INVENTIONS DE ZORGLUB

Comme Gaston et Pacôme, Zorglub est un inventeur dans l'âme, à peine est-il guéri à la fin de Panade à Champignac qu'il se met à bricoler et à réinventer la zorglonde : « Si j'ajoute à ceci dix transistors et trois diodes, je peux émettre une onde qui agirait à distance sur… ». Même Spirou le reconnaît lorsqu'il dit que Zorglub ne craint personne comme bricoleur (page 42 de Z comme Zorglub), et ce terme le rapproche encore une fois de Gaston, dont les gaffes tirent souvent leur origine de bricolages malheureux. Bricoler, c'est humain, faillible, et toute la technologie de Zorglub n'y peut rien : elle échoue, victime des impatients bricolages de son maître. Lorsqu'il se confesse à la fin de cet album, il avoue n'avoir inventé que la zorglonde (ci-contre) et que le reste de sa technologie a été volé.

Zorglub
(Et Franquin créa la gaffe, page 131)

La zorglonde permet de dominer le comportement humain. Elle rend possible la constitution du bras armé de Zorglub : la troupe des zorglhommes. Ci-dessous la machine à zorglhommiser.

La machine à zorglhommiser
(Z comme Zorglub, page 38)

Zorglub a quand même inventé autre chose, à savoir la zorglangue, qu'il estime comme l'une de ses « plus habiles trouvailles » (Z comme Zorglub, page 39). L'idée est en fait de Greg 13, et il suffit d'écrire les mots à l'envers, en en conservant l'ordre. Au début, les mots n'étaient pas séparés (comme à la page 20 de Z comme Zorglub), puis Franquin inséra des espaces pour faciliter la tâche au lecteur, et finalement, dans L'ombre du Z, traduisit la plupart des bulles.

Un gendarme
(Z comme Zorglub, page 63)
Les zorglhommes sont généralement d'anciens policiers ou gendarmes, du fait de leurs bonnes aptitudes physiques et de leur sens de la discipline : en atteste l'avant-dernière case de la page 57 de Z comme Zorglub, ou le dessin ci-contre, qui a d'ailleurs suscité une polémique contre Franquin, accusé de mener sournoisement campagne en faveur de l'ordre établi et des forces chargées de le défendre ; pour André, c'était bien évidemment tout le contraire dans son esprit 14.

Les autres inventions furent donc volées, simplement en s'assurant la complicité des gardiens de tous les laboratoires secrets du monde au moyen de la zorglonde : Zorglub l'avoue page 56 de Z comme Zorglub. Ses réalisations technologiques principales sont ses bases d'action. Il révèle page 57 qu'il y en a dans le monde entier : Zorgland, Zorgrad, Zorg-City, Zorg-les-Bains, Zorgville, Zorgburg… Sur ce plan (à droite), on compte 11 bases réparties sur quatre continents. Fournier y ajoutera Tora Torapa en Polynésie (ci-dessous). Dans L'ombre du Z, page 24, on apprenait pourtant que Zorglub avait détruit à la fin de l'épisode précédent toutes ses bases sauf une, celle de Palombie. Mais Zorglub a pu en reconstituer au cours de l'épisode L'ombre du Z… ce que de Champignac ignorait. Sa surprise, page 36 de Tora Torapa, en atteste.

Champignac et Zorglub
(Z comme Zorglub, page 59)

Zorglub
(Tora Torapa, page 24)

Les inventions de Zorglub sont principalement des véhicules.

La zorglumobile

La zorglumobile
(Et Franquin créa la gaffe, page 129)


Le zorgléoptère (inventé par un ingénieur français, adapté par André et recopié plus tard par Seron)

Le zorgléoptère
(Z comme Zorglub, page 22)

La fusée téléguidée

La fusée
(Z comme Zorglub, page 41)

Les fusées publicitaires Les fusées publicitaires
Les fusées publicitaires Les fusées publicitaires
(Z comme Zorglub, page 59)

Il y a aussi le rayon de la mort, une application excessivement dangereuse de la zorglonde, heureusement pas au point, puisque Zorglub, son unique victime à la fin de L'ombre du Z, n'est pas tué et que l'arme explose à sa première utilisation.

Le rayon de la mort
(Panade à Champignac, page 10)

L'essentiel de la documentation de Franquin en la matière provient de Science et vie . Zorglub s'est fait passer pour un journaliste de « Science et… futur » (à la page 21 de L'ombre du Z), et notons qu'il existe à présent un magazine intitulé Science et avenir. Grâce à Zorglub, Franquin a donné à Spirou et Fantasio un côté fantastique et moderne… qui n'a pas plu à tout le monde : Charles Dupuis était resté à la vision charmante et poétique du Nid des marsupilamis et fut désorienté par le triomphe de la technologie des albums 15 et 16 .

Zorglub junior
(Le réveil du Z, page 28)
La dernière des créations de Zorglub est sa descendance. L'existence de celui que l'on peut estimer être son petit-fils (ci-contre) fut révélée par Tome & Janry dans Le réveil du Z. Le Zorglub de 2062 conserve d'ailleurs les inventions de son aïeul mais n'a pas hérité de son génie scientifique. Et hélas pour lui, de Champignac a détruit la machine à zorglhommiser : ses sbires ne sont plus des robots inconscients et sont, partant, beaucoup moins parfaits.



LES OBJECTIFS DE ZORGLUB

Zorglub est un personnage qui a de nombreux projets. En deux albums, on peut distinguer plusieurs objectifs, dont le point commun est l'asservissement de la nature :
* la nature humaine en premier lieu. Sa démonstration de la "robotisation" des zorglhommes qui rient ou pleurent sur commande à la page 51 de Z comme Zorglub montre la volonté de Zorglub d'affranchir l'homme de sa condition, de sa « sujétion du matériel humain aux impératifs de la nature » (page 50), pour autant que ce soit à son unique profit…
* la nature proprement dite. Ses constructions le nécessitent, en particulier le site palombien qui se trouve en pleine forêt à 120 km de la ville la plus proche. On ne peut s'empêcher de faire le rapprochement avec Brasilia, la capitale brésilienne artificielle créée au milieu de l'Amazonie en 1957. Son premier projet à l'université visait déjà le changement des lois de la nature : rapprocher la Lune de la Terre (Z comme Zorglub, page 17).

Cependant, tous ses projets seront contrariés : la nature incarnée par les champignons du comte reprendra ses droits en détruisant les constructions de Zorglub (ci-dessous).

La fin du Z
(L'ombre du Z, page 63)

Zorglub est aussi un rebelle. Il n'accepte pas plus de se soumettre à l'autorité en place qu'à la nature. La statue du maire en majesté est qualifiée d'« objet ridicule » (page 28 de L'ombre du Z) avant d'être décapitée comme un aristocrate par une guillotine. Il se moque des militaires et proteste contre les impôts : « En général, je paye ce que je prends, mais jamais aux militaires : j'estime avoir payé assez d'impôts… » (page 38 du même album). Et indirectement, il participe au projet de révolution zantiste en Palombie.

Champignac et Zorglub
(Z comme Zorglub, page 18)
Cependant, il ne cherche pas à instaurer un nouveau système politique. En fait, Zorglub est assez confus dans ses envies de puissance. À l'origine, il semble vouloir devenir le maître du monde avec l'aide de Champignac : « Zorglub t'attend ! Les zorglhommes sont en marche ! Viens avec eux vers la gloire ! Sous le signe du Z, que l'intelligence vienne au génie. » (Z comme Zorglub, page 15). Le monde ne lui suffit plus, il prétend dominer l'univers entier (à gauche).

 

Cette croyance en son omnipotence se remarque également à la fin de Z comme Zorglub. Même en pleine crise de déprime, il essaye de commander au "créateur", Franquin, en lui expliquant la marche à suivre pour conclure l'album (à droite).

Zorglub
(Z comme Zorglub, page 61)

Ce n'est en tout cas pas ce projet de Zorglub, dominer le monde, qui restera dans l'histoire. Certes, Tome et Janry le présentent comme le « dictateur électronique » (page de garde du Réveil du Z), expression tirée de la page 31 de Z comme Zorglub, où ce dernier précise en outre qu'il pourrait demain asservir la Terre entière, s'il ne trouvait ce globe trop minuscule pour l'envergure de son génie… Mais Zorglub a d'autres projets.

En effet, à la fin de Z comme Zorglub, il réalise son véritable objectif, ce qu'il appelle son chef-d'œuvre : faire de la publicité sur la Lune. Et dans L'ombre du Z, il utilise la zorglonde comme le degré ultime de la publicité et de la persuasion du consommateur. En fait, l'empire que Zorglub voudrait fonder est un empire commercial : on le voit développer la marque Z, qui orne les semelles de ses chaussures ou encore des dentifrices et des savons (pourquoi du dentifrice et du savon ?). Cependant, son chef-d'œuvre (ci-dessous) est au profit de Coca-Cola (pourquoi Coca-Cola ?).

acoC-aloC
(Z comme Zorglub, page 61)

Zorglub (donc Franquin) est en avance sur son temps et a compris l'importance de la publicité dès la fin des années 50. Elle lui permet à la fois d'utiliser l'ensemble de ses connaissances techniques et de se mettre en avant. Zorglub est un peu le Séguéla des années 60, mégalomane aux projets publicitaires gigantesques.

Le maître-mot est ici communication, et ceci reste cohérent avec les méthodes totalitaires, nazies par exemple, fondées sur la maîtrise des médias. Faut-il opérer un rapprochement tentant, confondant publicité et société de consommation avec une certaine forme de dictature des esprits ? Serions-nous zorglhommisés par le matraquage publicitaire ?

Mais Zorglub subit l'échec sur toute la ligne :
* l'emploi de la zorglonde est reconnu dangereux, même en matière publicitaire. Cette concurrence est déloyale et Zorglub ne se rend pas compte du fait que ses effets sont nuisibles (L'ombre du Z, page 62).
* la publicité sur la Lune sera certes un exploit technique, mais aussi un échec publicitaire, le nom de la marque étant écrit en zorglangue.

Finalement, Zorglub n'aura pas réalisé ses projets. En contrepartie, à la fin de Panade à Champignac, il n'est plus seul. Pendant des années, certainement, il ne fut entouré que de ses zorglhommes sans personnalité, des robots à sa botte. Il déclare d'ailleurs, certainement pour s'en persuader lui-même : « Zorglub n'a besoin de personne ! » (Z comme Zorglub, page 23). C'est certainement parce qu'il ne pouvait plus le supporter qu'il est allé trouver de Champignac, le seul ami qu'il ait jamais eu, et dont il n'avait techniquement pas du tout besoin pour ses projets de conquête. Mais à défaut d'avoir conquis l'univers, il a trouvé des amis. Il partait de l'état de bébé (comme le prouvent les attentions du comte envers lui à la dernière case de la page 56 de Z comme Zorglub), même avant de le devenir mentalement (ci-dessous) à cause de la zorglonde, foudroyé par son propre rayon de la mort. Puis il a grandi, toujours par la zorglonde (page 39 de Panade à Champignac), perdu ses fantasmes enfantins de "maître du monde", ses jouets parfois incontrôlés (des grands jouets pour un grand bébé, de même qu'il aura ensuite des grandes couches et un grand berceau), est devenu adulte, gentil et a perdu ainsi une bonne partie de son intérêt psychologique. Il aura d'ailleurs des enfants, puisque Zorglub junior est issu de sa descendance directe (page 28 du Réveil du Z), au contraire d'Aurélien de Champignac, qui n'est que le "petit neveu" de Pacôme (page 45 de L'horloger de la comète), à la mode puritaine américaine.

Bébé Zorglub
(Panade à Champignac, page 10)




Comme il l'avait fait pour Fantasio dans Spirou et les héritiers en créant Zantafio, Franquin a créé le répondant de Champignac en inventant Zorglub. Des méchants qui ont affronté Spirou et Fantasio, il était le plus charismatique, le plus fascinant, le plus attachant. On peut regretter que Franquin n'ait pu mener à bien son projet de seconde jeunesse de Zorglub , et qu'il ait arrêté la série en 1968.

Zorglub était de la trempe d'Olrik et de M. Choc. Il a certes commis quelques crimes, mais comme il est dit dans Quand la ville dort de John Houston : « Le crime n'est qu'une forme dévoyée du génie humain », et génial il l'était.

Les successeurs de Franquin ont créé leurs propres "méchants", mais peu avaient suffisamment d'intérêt pour être utilisés dans plusieurs albums. Fournier avait un groupe, le Triangle, mais il a vite réutilisé Zorglub et Zantafio dans Tora Torapa. Seuls Tome & Janry semblent avoir un contre-héros conçu pour durer : Vito Cortizone, apparu dans Spirou à New York, et que l'on retrouve dans les trois derniers albums de la série. Cortizone est un personnage plus bouffon que Zorglub, plus malfaisant et moins intelligent, mais très proche de lui dans son humanité.




Notes

1- Les cahiers de la bande dessinée, n° 47/48, éditions Jacques Glénat, Grenoble, 1980 ; interview de Greg page 45.
2- Et Franquin créa la gaffe, par Numa Sadoul, éditions Distri BD, Bruxelles, 1986 ; les deux citations sont page 128.
3- Les cahiers de la bande dessinée, n° 47/48 ; page 45.
4- Et Franquin créa la gaffe ; page 130.
5- Ibid. ; page 130.
6- Ibid. ; page 128.
7- Dans le quatrième album, La main blanche, par Will et Rosy, éditions Dupuis, Marcinelle, 1954, que Franquin a d'ailleurs "mis en scène" (Et Franquin créa la gaffe ; page 54).
8- Par E.P. Jacobs, éditions du Lombard, Bruxelles, 1950.
9- Et Franquin créa la gaffe ; page 128.
10- Ibid. ; page 101.
11- Les cahiers de la bande dessinée, n° 47/48 ; page 45.
12- Et Franquin créa la gaffe ; page 128.
13- Les cahiers de la bande dessinée, n° 47/48 ; page 45.
14- Et Franquin créa la gaffe ; page 129.
15- Ibid. ; page 129.
16- Ibid. ; page 128.
17- Et Franquin créa la gaffe ; page 143.
18- Ibid. ; page 131.

Je remercie les 2 auteurs de ce dossier :  Edouard Duprey et P.F. Le Faou de m'avoir autorisé à le publier sur mon site. Vous pourrez retrouver cet article ainsi qu'un dossier sur Franquin très complet (entre autres) sur leur site : www.multimania.com/pif .