Par moi en janvier 2002. (exclusivité spirouworld.fr.st).
Je remercie Mme. Colas des Editions Dupuis ainsi que les 2 auteurs.
- Qu'est-ce qui vous a poussé à faire de la BD ?
Tome:
J'avais quatorze ou quinze ans quand ça m'a pris. Là où je passais le plus
clair de mon temps, il n'y avait pas de télévision.
Seulement de la lecture et du sport. Je n'étais ni très sportif ni très
sociable. Mais j'avais déjà un plaisir certain à dessiner, ce qui suscitait
l'intérêt de mon entourage. J'imagine que c'est ce don pour le dessin qui m'a
poussé à reproduire des pages de bédé au début et en créer de nouvelles
ensuite.
Pour faire une bédé il faut du papier, un crayon, un feutre.
Je ne sais pas si les choses se seraient passées de la même manière s'il y
avait eu la télé. Peut-être que je n'aurais jamais fait de bédé.
ma passion pour la bande dessinée s'est poursuivie jusqu'à rencontrer d'autres
passionnés. Nous avons fini par créer ensemble et c'est devenu un métier
...passionnant.
Janry: C'est ma maman qui m'a forcé! Plus sérieusement: je
vivais à l'étranger, les bandes dessinées constituait un lien avec ma culture
d'origine. La télé nationale ne venait jusque là, par la suite, j'ai connu
l'internat lors de mes études secondaires. Cela s'est confirmé.
-Étant enfants, lisiez-vous des BD ?
T: Oui. Les magazines Spirou, Tintin. J'étais plutôt
"Tintin". C'était l'époque de Greg qui était à la fois rédacteur
en chef et scénariste. Adolescent, il m'a longtemps servi de modèle.
J: Pareil. Mais je crois que moi j'étais plutôt Pilote avec
Gotlib et Achille Talon.
- Pourquoi avoir changé le style et le ton
humoristique de la série dans le
dernier album ?
T&J: Le style traditionnel de Spirou et Fantasio doit beaucoup
à Franquin et à l'école de Marcinelle. Le monde change. La bédé aussi.
Peut-être faut-il avoir de temps en temps le courage de faire évoluer les
choses plutôt que de regarder en arrière, si prestigieux que soit le passé.
- Reverrons-nous Luna, Vito, Sophie et le clone de spirou dans de prochains
albums ?
T&J: Tous les personnages importants de la série sont amenés
à
revenir un jour lorsque le scénario le justifie. Pour le moment, l'avenir reste
à écrire.
- Quel est ou quels sont vos personnages préférés
de la série ? Pourquoi ?
T&J: Pas un en particulier, chacun à son ou ses moments de
gloire, un scénariste retient plutôt des scènes ou des dialogues. Un
dessinateur une expression ou un mouvement réussi Et donne un peu de lui-même
dans chaque personnage.
- Quel est votre album ou vos albums préféré(s)
de toute la série ? Pourquoi?
T&J: Le plus récent. Justement parce qu'il constitue une évolution
que tout le monde a noté. Avec les série "mythiques", je l'ai déjà
dit ailleurs, le risque c'est l'enlisement, l'absence de surprise, de
renouvellement.
- Combien d'albums sont prévus pour le moment ?
T: Un seul, le prochain.
- Combien de temps mettez-vous à faire une planche
?
J: Entre quatre jours et ...beaucoup plus. Ce sont souvent les
premières pages qui prennent le plus de temps.
- Est-ce que votre inspiration est basée sur
l'actualité ?
T: Cela arrive, mais l'actualité ce n'est pas seulement le 20
heures. Cela peut être les voyages qui donnent à notre perception du monde une
réalité que ne traduit que rarement la synthèse qu'en donnent les média. Il
faut être capable de rechercher l'actualité qui s'harmonise avec l'esprit de
la série ou du projet que l'ont nourrit
-Êtes-vous aidé dans les dessins ?
J: Dans le Petit Spirou, nous avons eu la chance de profiter de
deux collaborations précieuses: Bruno GAZZOTTI (Soda) et Dan VERLINDEN qui prépare
sa propre série. Stéphane (Stuf qui dessine Passe-moi-l'ciel dans le magazine
Spirou) nous apporte son immense talent pour la création des couleurs.
- Sur quel format dessinez-vous ?
J: A3
- Comment s'organisent vos journées ?
T&J: Dans une sympathique anarchie. C'est plus propice aux
découvertes.
-Êtes-vous sensibles à la critique ? Au fans ?
T&J: Une mauvaise critique (heureusement, elles ont été extrêmement
rares) est toujours décevante.
C'est comme un copain qui se détourne en exprimant sa déceptionà tout votre
entourage. Parfois -et encore une fois, nous avons eu la chance d'être plutôt
épargnés- le commentateur semble conduit par un évident désir de blesser.
Cela peutêtre d'autant plus violent que la série enregistre un évident succès
public. Comme si derrière le prétexte de conseiller généreusement le public
égaré, on cherchait en fait à soulager une profonde frustration. Comme
s'il fallait compenser trop de compliments jugés immérités ou s'en démarquer
ostensiblement, histoire de prouver sa propre valeur.
C'est un métier difficile et plus ingrat que le nôtre.
Nous avons connu un petit éditeur qui, sous couvert de commenter nos travaux,
en profitait pour promouvoir l'album qu'il venait de produire. Bien sûr,
l'article était signé de deux initiales, pour éviter qu'on fasse trop
facilement le lien.
Celui-là nous a plutôt inspiré de la compassion. Mais cela date d'au moins
quinze ans.
Comme nous ne nous autorisons jamais à réagir aux critiques bonnes ou
mauvaises, profitons-en pour saluer globalement tout ceux qui font régulièrement
l'effort de nous lire ou étudier nos travaux. Même s'il y en a sans
doute quelques-uns pour être convaincus qu'il y a moyen de faire mieux!
- Si vous deviez passer le flambeau à quelqu'un, à
qui ?
T&J: Vraiment aucune idée. C'est une question à poser plutôt
à un éditeur!
- Quel est le succès de la série "Spirou et
Fantasio" ?
T&J: Plus de 160.000 exemplaires à chaque nouveauté. Des
millions d'albums vendus. Plusieurs adaptations télé, plusieurs générations
de lecteurs depuis 1938, quelques-un des plus grands auteurs pour l'animer. Le génie
associé de Franquin et Greg sur plusieurs épisodes. Un personnage tellement
populaire qu'il est devenu une sorte de "patrimoine" appartenant aux
lecteurs. Un symbole de la Bédé européenne, pas loin de Tintin, Astérix ou
Lucky Luke.
- En toute indiscrétion, est-ce que nous pourrions
avoir des informations
sur le nouvel album ?
T&J: En toute indiscrétion, non! Désolé, mais ce n'est pas
dans nos habitudes. Tout ce qui pouvait être dit sur le sujet l'a déjà été
ailleurs.
- Quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux jeunes qui
veulent se lancer dans la
BD ?
T: Commencer très jeune, le succès prend du temps. Travailler
dur, avec Passion. (Sans passion, c'est l'échec assuré). Ne rien publier qu'on
ne lirait pas soi-même avec plaisir. Avoir le respect du lecteur. Lire plutôt
que de consommer la télé. Quitte à s'inspirer, partir du cinéma. Si le succès
est au rendez-vous, durer. Cette profession est devenue comme beaucoup
d'autres dans le domaine artistique, le cimetière de beaucoup trop de succès
sans lendemain. Quand elle se présente, saluer la chance avec humilité.
- Est-ce qu'il y a un site internet sur la série de
prévu ?
T&J: Pas à notre connaissance.
- Pour les fans voulant vous rencontrer, faites-vous
des salons de la BD, ou
des séances de dédicaces,... ? (en Belgique, en France ou ailleurs)
T: C'est extrêmement rare. Mais nous sommes heureux que des
passionnés suivent nos travaux avec intérêt. Les festivals et les séances de
dédicaces offrent un aspect sympathique mais déformé de la profession. La
vraie rencontre se fait plutôt au moment la lecture.
- Je vous remercie encore pour cette interview et
longue vie à vous et à la
série...
T&J: Merci, longue vie au site et un clin d'œil à tous ses
visiteurs.
Interview exclusif par Bdspirou.fr.st (site partenaire)
- Pourquoi avoir choisi la BD, et pas le
cinéma, le dessin animé ou la "littérature"?
Le cinéma implique à la fois beaucoup de gens et bcp d'argent. Deux choses qui
contrariraient notre besoin d'indépendance. BD = deux ou trois
personnes+crayons, pinceaux, gomme, papier et imagination;
- Quels genres de films et de musiques
apréciez-vous le plus? votre réalisateur préféré?
Toutes les musiques, question de circonstance
ou d'état d'âme. ce qui compte c'est l'émotion et l'intérêt du propos. Côté
films, Stanley Kubrik parmi bien d'autres trop nombreux pour être tous cités.
- Pouvez-vous nous décrire la journée
type de deux auteurs de BD?
Lever, activité familiales, voiture, atelier, café et musique pour se réveiller,
lecture, courrier, téléphone, tableà dessin, café, téléphone, miam-miam,
lecture, téléphone, table à dessin, idées, rigolade, courses pour le repas
du soir, voiture, miam-miam, activité familiale (et amoureuse) pipi, popo,
dodo.
- Comment voyez-vous vos 10 prochaines
années, professionellement parlant? et celles de vos séries?
Avec optimisme et enthousiasme. Créer est un
remède à beaucoup de maux...rosités.
- Est-ce que le petit Spirou changera un
jour d'auteurs?
On peut supposer qu'il nous survivra, vu son
jeune âge...
- Quel est votre rêve le plus fou, du
point de vue de la BD, reprendre Tintin ou Gaston, ou faire d'une de vos séries
la référence ultime?
S'il n'y a pas d'autres choix: option 3
- Avez-vous lu les derniers marsupilami
et le dernier Astérix?
Pas tous...
- Qu'est-ce qui vous a fait le plus peur
à la sortie de Machine qui rêve, la réaction du public ou de la critique?
Celle du public nous semble la plus importante.
- Pourquoi avoir sorti cet album en 98,
et pas en 88 ou 2008?
Parce que nous étion à la veille de l'an 2000. L'aube d'un certain nombre de
changements inévitables sinon attendus.
- A tout hasard peut-on avoir des infos
sur le 47?
Sept pages terminées. le retour de Zorglub.
- Combien de versions différentes d'une
histoire faites-vous avant de commencer véritablement un album?
Autant qu'en nécessite notre soucis de respecter le lecteur et notre travail.
Cela dépend d'une idée et de l'enthousiasme qu'elle déclenche. Variable,
donc.
- Est-ce plus dur de dessiner le Spirou
nouveau look, que le classique ou le petit Spirou?
Oui, dans la mesure ou ce changement ne peut s'appuyer sur des réflexes bien rôdés.
- Quel est l'album de Tome et
Janry que vous aimez-vous le plus? Machine qui rêve. le moins?
Aventure en Australie, parceque depuis nous avons visité et il aurait été conçu
différemment. Notre Spirou préféré? Machine qui rêve. Et "Tu
comprendras quand tu s'ras grand!"
- Pourquoi sortez-vous plus de petit
Spirou, que de Spirou et Fantasio?
Parce que c'est aussi la demande de l'éditeur. La réaction du public est plus
grande.
- De quel personnage de BD vous
sentez-vous le plus proche?
Les nôtres. Ceux que nous avons créés.
- Comment s'est effectué le partage des
tâches: Tome: textes, et Janry: dessins?
Exactement.
- Vous disputez-vous souvent?
Cela arrive sans être une règle, comme dans tous les "couples" et
toutes les amitiés sans faux-semblants.
- Comment se manifeste la patte Tome et
Janry sur Spirou par rapport à vos predecesseur ?
Une touche d'humour, mêlée d'une touche d'action. Le sens du détail vrai.
- Le personnage que vous avez inventé et
dont vous êtes le plus fiers ?
Le descendant de Zorglub dans Le réveil du Z.
Le Petit Spirou, Monsieur mégot. Tante Phlébite.
- Enfin, comment avez vous pu concevoir
une histoire si fantastique que la Vallée des Bannis (qui est avec luna fatale
et machine qui rêve l'album préféré des internautes ayant répondu à notre
sondage)
Il existait deux films sur un thème voisin du duel des
amis-ennemis mais avec des développements différents: Duel dans le Pacifique et
Enemy Mine. Le reste est une affaire de fantaisie , la faune de la vallée a
servi a préserver au récit son aspect fantaisiste, sinon, on était dans le
"thriller". Avez vous eut des sources d'inspirations ??? Plein. Il
faut savoir les "digérer" pour mieux les transformer. Nous avons également
"inspiré" un film avec Machine qui rêve. Comme il était moyen, nous
n'avons pas voulu en faire trop de publicité: il s'agit de "A l'aube du
sixième jour" avec Tonton Schwarzie. Visionnez et appréciez, le thème,
le développement, certains décors. Scharzenegger interrogé par des
journalistes européens a même admis que le thème était dans l'air du temps
...et dans les oeuvres de certains auteurs de BD belges. Un aveu? Allez, sans
rancune!
- Un mot pour vos fans ?
Merci sincère et profond pour votre intérêt.
Excusez notre manque de temps. Il est et doit rester dévolu à ce que nos
lecteurs attendent le plus: le prochain album! Au passage que l'on nous pardonne
ausssi l'irrégularité avec laquelle nous répondons au courrier qui nous est
souvent adressé. Un jour, peut-être, engagerons une secrétaire , mais d'ici-là...il
nous faut bien définir des priorités. Des auteurs se sentent parfois seul dans
le silence de la création, c'est bon de savoir que l'on est ...attendus,
compris et appréciés. Cela reste notre raison de vivre, même si c'est un peu
grandiloquentà confesser en public! Amitiés!
Tome.
Je remercie Fred de : ![]()